L'homme est-il de la marchandise ?
Par Patricia GOYENETCHE le dimanche 15 juillet 2007, 10:33 - emploi - Lien permanent

Cette enquête est une interrogation sur la représentation que se font les recruteurs des candidats. Certaines pratiques me font douter, mais il y a sûrement des explications à ces choix.

A mon ordinaire, je consulte quotidiennement les offres d'emploi et tente d'y extraire celles qui pourraient correspondre à mes compétences. Je suis tombée sur une annonce de "chargé de recrutement" dans une société d'intérim. Le descriptif de la mission met en avant des compétences commerciales en vue de constituer un "stock" de candidat susceptible de satisfaire le "client". Un article d'un cabinet de recrutement confirme cette perception de la mission. Le cabinet de recrutement constitue un capital humain en vue de les vendre à ses clients. Voici une représentation de l'homme pour lequel j'éprouve beaucoup de difficultés à adhérer. Mais, les éléments qui structurent ma représentation sont peut-être erronés ou insuffisant. J'ai donc menée mon enquête.
La commercialisation du potentiel humain
Voilà un titre fort, je le reconnais, pourtant c'est l'effet que me font les annonces des cabinets de recrutement. L'homme est traité comme une vulgaire marchandise. Où sont passées nos valeurs ?
Rappel historique
Début du XXème siècle, les sociétés sont libérales. A ce titre, le recrutement est très simplifié. L'homme est un outil de production. Seule sa capacité et son endurance au travail sont pris en compte. Payé à la tâche, il n'a aucune garantie et doit chercher tous les jours un travail. A cette époque, le plein emploi permet à tous de trouver satisfaction quotidiennement. Le taylorisme développe des méthodes de travail plus rentable au détriment de la condition humaine. Ce n'est qu'au cours de l'entre-deux-guerres, avec les travaux de Mayo que l'on s'intéresse à l'homme. Les relations humaines entrent en considération. Les années 80-90 améliorent encore plus le respect des hommes. On parle de leur potentiel humain. L'homme est un collaborateur qui permet de mener à bien une politique de l'entreprise. Les années 2000, c'est le temps de la sous-traitance, y compris en matière de gestion ressources humaines. Le recrutement est de plus en plus confié à des experts.
Vers une régression de la valeur humaine
Le développement croissant de la valeur marchande et de l'appât du gain ont conduit bons nombres d'entreprise à privilégier des méthodes dites "efficace" car elles réduisent les coûts tout en augmentant la productivité. Il va de soi que dans un tel contexte la valeur humaine n'a pas vraiment sa place. Elle n'est qu'un produit de consommation "high tech" (l'intelligence artificielle n'est toujours pas à même de remplacer le cerveau humain). Aussi, selon des critères liés à la compétence des personnes qui composent ce "capital humain", les gestionnaires de ressources humaines ou les cabinets de recrutement veillent à maintenir un seuil minimum de productivité. Cela signifie que seule une partie de ce capital doit constituer le noyau central. C'est sur lui que toute la production repose. Au niveau des cabinets de recrutement, un bon "catalogue" de profil "adapté" constitue une bonne image pour le commercial qui va vendre son service.
Où allons-nous ?
Nous sommes déjà des numéros pour la sécurité sociale. Aujourd'hui, nous sommes comparés à des produits de consommation courante avec notre prix. Aussi, rien d'étonnant que de savoir que son CV est susceptible d'intéresser un client potentiel. On n'en manquera pas de nous informer dès qu'une offre se présentera. Mais voilà, l'offre n'arrive pas. Oubli ? c'est possible. Comment pourrait-on se souvenir d'un panel de 2000 candidats au profil identique ou qui aurait pu attirer l'attention dans un univers où tout est standardisé. Pour information, notre empan mnésique (capacité de mémorisation) est de 7 items (sauf cas exceptionnel et spécialement entraîné à cette tâche). De plus, nous percevons tellement d'information dans une journée, qu'il est impossible de tout retenir. Donc, nous sommes fichés sur une base de données à partir de critère très sélectif. Et ce n'est que lors d'une requête que nous pouvons espérer monter à la surface de ce "capital humain" . Le client, lorsqu'il reçoit l'échantillon d'individu n'a plus qu'à appliquer ces propres critères et le tour est joué. Il y a transfert d'une part du capital. Reste à vérifier que cet investissement est le bon. La défaillance humaine est la pire des pannes industrielles, parce qu'il ne s'agit pas là de changer la pièce cassée ou endommagée. Il suffit de voir le trou de la sécurité sociale pour se rendre compte de la fragilité de l'être humain "high tech".
Conclusion : L'entreprise n'est rien sans l'individu qui la fait fonctionner. Aussi, faut-il peut-être revenir sur des valeurs plus adaptées à la condition humaine et offrir à son "capital" de vraies motivations et pour les cabinets de recrutement de revoir peut-être leur grille d'analyse. Les recruteurs sont aussi des êtres humains et comme leur capital soumis aux processus de l'offre et de la demande. Et le jour, où eux aussi se retrouveront parmi la liste des personnes trop âgées ou inadaptées aux besoins, ils comprendront, mais un peu tard, qu'ils auraient du envisager cette éventualité quand ils en avaient encore la possibilité.
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