L'automotivation et la théorie de l'engagement
Par Patricia GOYENETCHE le vendredi 7 septembre 2007, 10:14 - emploi - Lien permanent

Il y a quelques billets de là, Touline m'avait demandée mon avis sur l'automotivation. J'étais un peu gêner sur la manière même d'aborder le sujet, car ce concept n'est pas utilisé en psychologie sociale, puisque la motivation est considérée comme une composante ou un processus qui va activer des comportements. L'automotivation n'a donc pas d'existence. Mais, en parcourant divers domaine, j'ai pu effectivement lire couramment ce concept. J'ai donc essayé de comprendre ce que l'on voulait entendre par là et proposer mon regard sur la question. Voilà, ce qu'est selon moi, l'automotivation.

D'après les différentes interprétations proposées sur la toile, je n'ai pas trouvé de définition dans les dictionnaires, l'automotivation est un concept qui a été développé à partir de la psychologie des émotions. L'automotivation est définie comme l'action par soi-même de composantes ou de processus pouvant activer un comportement attendu. Dans la même catégorie, on peut y associer l'auto-coaching. Pour être plus simple, il s'agit pour un individu de trouver les éléments qui vont chez lui le motiver à exécuter ou à atteindre un objectif.
Pourquoi choisir l'automotivation ?
Nous vivons dans une société qui se veut paradoxale. D'un côté, on crée des besoins pour "assister" au maximum les gens. De l'autre, on attend d'eux qu'ils soient autonome. Que ce passe-t-il alors. Nous nous retrouvons en conflit avec nous même. Nous savons que nous avons des objectifs à atteindre, une image de soi à maintenir ou à améliorer, que ce que les autres pensent c'est malgré tout ce qui guide nos choix. Il existe donc des outils pour réussir à avancer et s'inscrire convenablement dans la construction de cette entité qui sera reconnue des autres. Le nouveau phénomène de mode "le coach". C'est très à la mode, et lorsqu'on a des moyens, cela fait très chic. Qu'en est-il réellement ? N'ayant pas essayé moi-même, puisque je suis plutôt dans "l'automotivation", je ne me prononcerai pas.
Quand utilise-t-on l'automotivation ?
Nous allons l'utilisé de différente manière et dans de nombreuses situations : à commencer par les bonnes résolutions de début d'années. Nous sommes nombreux à dire : au 1er janvier j'arrête de fumer, par exemple. Et le premier janvier, devant les copains, nous arrêtons de fumer. Puis après quelque temps nous oublions complètement nos bonnes résolutions pour retourner à nos bonnes vieilles habitudes.
La théorie de l'engagement pour réussir à se maintenir motivée
Selon Beauvois, "Seuls les actes nous engagent. Nous ne sommes donc pas engagés par nos idées, ou par nos sentiments, mais par nos conduites effectives". Pour qu'un acte vous engage, il doit impérativement respecter les conditions suivantes : - être librement choisi : comme pour les bonnes résolutions, vous devez prendre seul votre décision - être public : vous devez énoncer votre décision autour de vous. - être irrévocable : vous devez ne pas pouvoir faire marche arrière dans votre décision. Seules ses conditions vous conduiront à réussir tous vos actes motivants pour atteindre vos objectifs. Reprenons notre exemple de bonne résolution. Je décide d'arrêter de fumer. Personne ne m'y force. Je l'annonce devant tous mes amis lors du nouvel an. Là, je me donne les moyens de réussir. Je sais que si je continue à fumer je vais mourir d'un cancer des poumons, je suis trop jeune pour partir si tôt, ou je n'ai plus suffisamment d'argent pour financer mes paquets de cigarettes qui ne cesse d'augmenter, de plus je risque des amendes si je fume dans des lieux publics, etc. Chacun devant trouver un argument fort qui va les contraindre à prendre cette décision.
Conclusion
L'automotivation présente la plus grande difficulté du choix de nos actes et de la manière dont on souhaite atteindre nos objectifs. Quelque soit la motivation et quelque soit les objectifs, si vous vous engagez sans être en situation d'engagement, vous vous découragerez tôt ou tard. Toutefois, veillez à ne pas trouver de bonnes raisons sur l'aspect "irrévocable" de l'acte. Selon Beauvois, "l’individu rationalise ses comportements en adoptant après coup des idées susceptibles de les justifier."
Bibliographie : "Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens", de R.V. Joule et J.L. Beauvois, Presses Universitaires de Grenoble, 1987





Commentaires
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J'avais fait quelque recherche sur l'automotivation mais dans son application dans l'entreprise : je ne crois pas que ce soit, comme il est souvent dit, à l'employeur de motiver ses salariés mais il doit leur offrir un cadre tel qu'ils pourront eux-mêmes se motiver (ou s'automotiver)...
Merci à toi ! Ta biblio a l'air intéressante... si je tombe dessus...
Je crois que les employeurs ne misent que sur des avantages soit en numéraire, soit en nature pour motiver leur troupe. Or, on peut très bien obtenir les mêmes résultats avec moins de moyens. C'est ce que j'avais expliqué après les résutlats du concours.
Je suis psychologue et je bosse un peu sur cette théorie, aucun élement n'indique qu'un individu donné soit incapable de se manipuler lui-même au moyen de la théorie de l'engagement, mais en substance, réaliser un acte engageant doit être fait dans un contexte ou un autre particulièrement significatif doit pouvoir vous taxer d'inconsistance si vous ne persistez pas dans vos actes.
L'exemple du tabac est ainsi mal choisi, au vu des représentations que nous nous faisons aujourd'hui des addictions, personne ne perçoit la consommation de tabac comme un acte relevant vraiment du "libre choix", si la personne refume elle pourra trop aisément se retrancher derrière les "c'est difficile" ou "c'est une question de volonté" que lui reconnaitront facilement les autres qui devraient émettre le jugement d'inconsistance.
Merci et bienvenu sur mon blog Xavier.
Je ne suis pas vraiment d'accord avec vous. Selon moi, le tabac est un "libre-choix". Il n'y a pas d'obligation à consommer du tabac, on est donc libre de fumer ou de ne pas fumer. Lorsqu'on consomme du tabac, on est libre d'arrêter ou ne pas arrêter. Les raisons qui nous poussent à vanter notre réussite ou à rationnaliser un échec entre plus dans un processus d'équilibre que de "libre-choix".
La reprise de la consommation de tabac avec la rationalisation des causes des échecs est un phénomène observé dans la théorie de la dissonnance cognitive. Lorsqu'on soumet un sujet à une forte récompense, il n'y a aucun effort cognitif et donc il retrouve rapidement sa condition initiale (c'est le cas des nombreuses règlementations mises en place, et des nombreuses explications données à ces échecs). Et s'il est soumis à une faible récompense, ce dernier doit se justifier de son acte, et donc produit un effort cognitif important qui s'ancre dans son comportement.
La théorie de l'engagement considère l'acte irrévocable, dans le sens où ce dernier provoque un effort cognitif important et donc de réduction de la dissonnance.