L'entretien de recrutement : les composantes du contrat de communication
Par Patricia GOYENETCHE le vendredi 21 septembre 2007, 22:49 - emploi - Lien permanent

Voici le premier volet sur l'entretien d'embauche. J'ai choisi de vous présenter ce rendez-vous incontournable de tout candidat et de tout recruteur d'une manière peu commune, par rapport au différente discussion qu'il peut y avoir à ce sujet. Ce qui m'intéresse ici, c'est de vous montrer la situation dans lequel se déroule l'entretien de recrutement. Cela concerne autant le recruteur que le candidat. Il ne s'agit pas de donner une méthode pour l'un ou l'autre des interlocuteurs, mais bien de comprendre ce qui est en jeu dans un entretien pour mieux si préparer.
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Qu'est-ce que la communication ? D'une manière générale, la communication est un moyen d'échanger des informations. Nous créons un contrat de communication dans lequel nous fixons les enjeux. Dans une situation d'évaluation, telle que nous la rencontrons dans l'entretien de recrutement, nos enjeux sont à la fois identitaires et substantiels, où la mise en scène d'une image de soi positive est contractuellement requise et la production discursive de l'évalué y est guidée par un modèle supposé doté de valeur sociale. Les paramètres des composantes du contrat vont orienter l'évaluer vers une certaine lecture de la situation plutôt qu'une autre.
Les composantes de ce contrat
Si nous souhaitons comprendre comment nous fonctionnons lors d'un entretien, il est indispensable pour nous tous de parler le même langage et de définir dès les départs nos orientations. Ce contrat est souvent implicite, et peu de gens en sont réellement conscient. Ce qui explique les nombreux malentendus.
Pourquoi parler d'un contrat de communication ? parce que nous nous engageons mutuellement à répondre et poser des questions quelque soit l'interlocuteur. Au-delà du schéma de communication tel que décrit par Shannon et Weaver, nous considérons qu'il n'y a pas qu'une liaison entre un émetteur et un récepteur, mais bien des rôles identiques qui s'adaptent au cours de l'échange. En se sens, il y a interaction, c'est-à-dire que chaque individu va exécuter un certain nombre de tâche pour identifier les intentions de l'interlocuteur et tenter de fournir la réponse attendue.
L'enjeu
Dans chaque contrat écrit, nous mentionnons les missions ou objets qui justifient la mise en place d'un engagement de deux ou plusieurs parties. En matière de communication, nous abordons de la même manière nos échanges même les plus anodins. En sommes nous conscient, non pas toujours, et pourtant, nous le faisons systématiquement.
L'enjeu est une mission ou un but que nous mettons en commun avec notre ou nos interlocuteurs. Nous allons donc discuter sur un objet ou réaliser un acte ensemble. Selon Bromberg, c'est la nature de l'enjeu qui permet d'identifier un domaine de pratique sociale, et donc de faire reconnaître le contrat. En entretien de recrutement l'enjeu est constitué par l'existence d'un poste à pourvoir - la position des deux partenaires étant différente face à cet enjeu.
Les composantes de l'échange (Charaudeau, 1989)
Il existe de nombreux auteurs qui ont essayé d'expliquer les méthodes de communication. A chaque fois, les références s'appuient sur la structure ou des méthodes susceptibles de favoriser l'échange. Mais il existe peut de chercheurs qui se sont véritablement intéressés à tous ces facteurs qui influence notre conversation et notre comportement. N'avez-vous jamais modifier votre manière de parler lorsqu'une personne étrangère rentrer dans une pièce ? et bien, Charaudeau, c'est lancé en 1989 dans la description des composantes de l'échange. Elle comprend 3 niveaux :
Le niveau situationnel
Le niveau situationnel peut être définit comme spécifique à la situation d'action : on est là pour dire/faire quoi ? c'est -à-dire quels sont les buts poursuivis. Ils ne sont pas, contrairement à l'enjeu, commun entre les deux interlocuteurs. Pour le recruteur, il s'agit donc de recruter le meilleur candidat, et pour le candidat d'être choisi. On peut élagir la description de ce niveau à partir des composantes - interactionnelles : l'entretien se déroule avec la présence physique des interlocuteurs, en face à face, par oral et de manière interlocutive (dialogue). - psychosociales : dissymétrie statutaire où le recruteur a une position supérieure par rapport au candidat. Cette supériorité n'est pas fondée sur la hiérarchie des compétences professionnelles, mais sur les rôles respectifs. De plus, s'il n'y a pas d'interconnaissance préalable, l'un dispose d'informations (CV, résultats de tests, etc.) sur l'autre. Les rôles sociaux-institutionnels sont définis par la relation d'évaluation : le candidat s'engage à fournir les informations nécessaires à son évaluation et qui lui sont demandées (a priori dans certaines limites, juridiquement établies), et le recruteur s'engage à requérir ces informations.
Le niveau communicationnel
C'est le contrat de parole. Le recruteur a un rôle de questionnement (lequel suppose une position d'autorité prédéfinie), et le candidat à un rôle de répondant. Ce niveau comprend une composante intercommunicationnelle avec : - une alternance de la parole, sous la forme question/réponse, avec un capital verbal plus important pour le candidat. - un échange structuré par plusieurs séquence thématique : motivation du candidat, autodescription personnologique (qualités/défauts) - des séquences où la répartition du capital verbal peut être modifiée : informations complémentaires fournies par le recruteur sur le poste (avec invitation du candidat à poser des questions qu'il souhaite sur le poste), suites éventuelles.
Le niveau discursif
C'est là où ce définissent les comportements énonciatifs et énoncifs en correspondance avec les rôles communicationnels. Comportements énonciatifs : énonciations majoritairement allocutive de la part du recruteur, et pas, a priori, de la part du candidat. Comportements énoncifs : domination énoncives essentiellement narrative pour le candidat et plutôt argumentative, avec une énonciation marquée, pour le recruteur.
Conclusion : Pour comprendre ce qui se passe dans un entretien de recrutement, et proposer des éventuelles solutions il serait donc intéressant de manipuler ces composantes pour mieux comprendre leur impact sur les comportements du recruteur et du candidat. A partir des résultats obtenus, vous aurez les éléments qui vous permettrons de mieux vous comporter que ce soit en tant que recruteur qu'en tant que candidat.
Le deuxième volet portera sur : "Faire bonne figure" : enjeux identitaires et modèle normatif






Commentaires
Si tu pouvais, j'aimerais quelques précisions (ou reformulations plutôt) sur le niveau discursif. J'avoue que je ne comprend pas bien ! En particulier la domination énoncive argumentative pour le recruteur... Peut-être simplement que la différence entre énonciatif et énoncif m'échappe (ainsi qu'à mon dico, tout épais qu'il soit...). Et j'aimerais comprendre le premier volet !
Merci à toi.
Bien sûr touline.
Lorsqu'on parle de niveau discursif, nous sommes en situation d'énonciation. C'est la situation dans laquelle a été émise une parole (énoncé), ou dans laquelle a été produit un texte. Celle-ci permet, grosso modo, de déterminer qui parle à qui (ou : qui écrit à qui), et dans quelles circonstances. Nous nous référons ici aux études en linguistique.
Selon la théorie de l'énonciation, nous allons avoir deux types d'actant c'est-à-dire des modalités qui vont implicitiment induire une réponse attendue. Le premier est dit "énonciatif". Son action porte sur l'énonciation d'un discours. Le second est dit "énoncif". Son action porte sur l'énoncé d'un discours.
Dans le cas de l'entretien d'embauche, le recruteur va mettre en place la situation d'énonciation, c'est-à-dire qu'il va situer son interlocuteur dans son espace qu'il va définir. Pour le candidat, il n'y a pas de comportement énonciatif puisqu'il a été convié à l'entretien, et donc on lui impose le lieu, l'heure et les conditions dès le départ. Il est donc participant mais non décideur de la situation dans lequel va se dérouler l'entretien.
Le comportement énoncif correspond aux échanges entre les deuxi interlocuteurs. Il porte sur les paroles, les propos qui seront échangés. Les échanges menées par le recruteur présentent un fort taux d'indices "argumentatif" comme s'il souhaitait diriger le candidat vers une forme de réponse attendue.
Le candidat lui adopte une forme narrative, où son intention est de "raconter" et d'apporter toutes les informations qu'il a cru comprendre de l'intention du recruteur.
Ce premier volet permet de comprendre un des éléments influençant les comportements des interlocuteurs. Avant de parler des "contenus" relatif aux types de questions posées ou aux réponses attendues, il me parait important de décrire ces éléments implicites qui vont influer sur notre comportement.
Merci, je comprends mieux mais il me reste une interrogation sur l'argumentatif du recruteur, s'il souhaite "diriger le candidat vers une forme de réponse attendue", alors peut-être ne veut-il pas l'entendre ? Ou ne sommes-nous que dans la forme ?
Merci à toi.
Les réponses attendues sont liées aux compétences et à la mise en valeur du candidat. Les entretiens de recrutement sont pour la majorité des entretiens directifs et de courte durée. lls ne permettent pas au candidat de réellement se mettre en avant. De plus certaines questions sont formulées de telle manière qu'elle n'induise qu'un type de réponse "oui" ou "non". Ce qui n'apporte rien de plus puisque seul le recruteur à donner l'information. On a donc là l'intention du recruteur et non celui du candidat.
C'est aussi à ce niveau que naît les différents entre "recruteurs et candidats".
Compris, merci
C'est un billet plutôt compliqué mais intéressant. J'ai eu aussi un peu de mal avec l'énoncif et l'enonciatif. Mais c'est effectivement utile d'avoir conscience du côté "artificiel" des entretiens pour ensuite jouer sur les codes d'usage et tenter de se faire remarquer.
Concernant ton prochain billet, je suis pressé de voir ce que tu appelles le "modèle normatif" alors qu'un modèle est déjà un ensemble de normes
Je ne peux pas faire plus simple. J'ai opté pour une approche totalement différente de tout ce qui se fait afin de montrer les facteurs qui vont influencer les comportements des interlocuteurs, et les paradoxes présents dans ce type d'entretien.
Une fois la situation décrite, on pourra alors envisager une étude sur le contenu d'un entretien et les comportements à conseiller tant aux recruteurs (par exemple comment lutter contre la discrimination), qu'aux candidats (les comportements qui provoquent la discrimination).
Je me doute que pour un communiquant cette approche sera un plus non négligeable pour mener à bien sa stratégie lors de l'entretien (tu pourras aussi l'élargir à tout acte de communication). Et c'est bien mon intention. Que nous soyons tous à armes égales.
Effectivement, si le vocabulaire est différent, pas mal d'éléments se retrouvent dans la construction des actions de com. Le côté psychologie en moins, le côté organisation (des évenements, des publications etc.) en plus