Le dilemme du prisonnier
Par Patricia GOYENETCHE le mardi 25 septembre 2007, 19:17 - divers - Lien permanent

Vous connaissez tous les tests de logique. Ils sont construits sur les bases de la logique formelle. Cela peut aussi faire appel à votre capacité de résolution de problème. Une question que ce sont posés les psychologues était de savoir si le raisonnement humain était identique au raisonnement formel. La réponse est non. Pour mieux comprendre, et éviter de partir dans de trop long écrit, je vais vous l'expliquer à partir de l'expérience du dilemme du prisonnier.
Hypothèse de l'expérience : une situation bénéfique à la coopération est difficile à mettre en oeuvre. Auteurs : Melvin Dresher et Merill Flood, 1950.
énoncé : Deux suspects sont arrêtés ; ils sont enfermés dans des cellules séparées. La police leur fait la proposition suivante :
- S'ils ne parlent pas : ils seront condamnés à 2 ans de prison chacun
- S'ils se disent innocents : ils seront condamnés à 4 ans de prison chacun
- Si l'un se dit innocent et l'autre ne parle pas : le premier est libéré, et l'autre prend 5 ans.
1ère tactique : En pensant s'en sortir libéré, la grande majorité des sujets dénoncent l'autre. Mais, l'autre faisant la même chose, ils ont 4 ans chacun.
En effet : Supposons qu'Albert soit le coupable, Albert mérite les 5 ans. En dénonçant Bernard il limite à 4. Il ne croit pas trop à sa libération ; Bernard se déclarera innocent. Bernard ne peut pas se taire au risque de prendre 5 ans, alors qu'il est innocent. Il dénonce Albert et prend 4 ans.
2ème tactique : Alors que, en réfléchissant tous les deux, ils pourraient limiter la casse : l'innocent, comme le coupable.
Mais Albert va-t-il prendre ce risque ? car les 5 ans sont possibles si Bernard clame son innocence !
Conclusion : Même en laissant les prisonniers discuter entre eux, on constate que çà ne change rien : ils choisiront majoritairement la première tactique !
Ainsi contrairement à la logique, les être humains ne s'appuient pas uniquement sur les avantages. Mais leur tactique repose sur les intentions estimées de l'autre, sachant que dans ce cas, les bénéfices seront plus important. On peut appliquer cette expérience à toutes tentatives de coopération. Ce qui peut être estimé comme la meilleure solution du point de vue de la logique formelle, ne sera pas retenue comme telle par le raisonnement humain. Ceci s'explique par le fait que la logique formelle est basée sur un raisonnement mathématique, des lois s'appliquant sur des objets sans nom. Pour l'être humain, à partir du moment où l'on identifie un objet, il n'est plus neutre et c'est toute sa valeur qui est pris en compte dans le raisonnement.






Commentaires
C'est marrant de voir cette adaptation d'un des éléments de la théorie (économique) des jeux. Ton billet prouve bien une chose en tout cas : c'est que la rationnalisation à l'excès est très souvent absurde ou inutile au moment opportun
Oui, cette théorie a été reprise et étudiée du point de vue comportemental et en particulier à partir de la psychologie cognitive. Ce domaine de la psychologie s'intéresse au raisonnement humain et au traitement de l'information.
Et je suis bien d'accord avec toi, sur l'erreur de choix, est-ce absurde pour autant, là, je ne sais pas. Parce qu'on ne peut pas toujours garantir le comportement d'un individu. Ce qui est valable logiquement, reste un risque que tout le monde ne veut pas forcément prendre.
C'est intéressant comme expérience. J'aime beaucoup cette rubrique, j'espère que tu continueras à l'alimenter régulièrement !
Oui bien sûr. J'y prends beaucoup de plaisir aussi, comme dans toutes mes rubriques. Et puis, çà me fait une petite récré dans mon blog, tout en gardant ma ligne directrice.
En théorie mathematique des jeux on appelle cela un équilibre de Nash (voir "un homme d'exception") pour la première tactique qui ne correspond pas à l'optimum de Paretto (deuxième tactique); Le choix de la deuxième tactique est plus avantageux sous réserve d'une certaine confiance mutuelle qui n'existe pas forcément.