Les premiers résultats du e-test sur la discrimination à l'embauche réalisé par Amadieu.
Par Patricia GOYENETCHE le dimanche 2 décembre 2007, 15:04 - Discrimination - Lien permanent

Il y a quelque temps je vous avais proposé de participer au e-test sur la mesure des stéréotypes liées à la discrimination mis en place au niveau grand public par Amadieu. Nous pouvons dès à présent connaitre les premiers résultats observés. Vous ne l'avez pas encore fait ? le test est toujours en ligne et vous pouvez toujours mesurer votre préjugés sur différentes thèmes de discrimination. Dans ce billet, je vais vous expliquer les premiers résultats que l'on peut observer de cette étude.

Fin Aout, je vous avais fait par d'une e-étude sur les préjugés et stéréotypes qui nous conduisent à des discriminations. Aujourd'hui, Amadieu nous révèle les premiers résultats. Je vous rappelle l'étude et la méthode utilisées. Les tests sont toujours en ligne, vous pouvez encore y participer.
La problématique
Les études du comportement présentent une difficulté majeure liée à différent biais cognitifs que chaque individu met en place pour répondre à un questionnaire. Aussi, si vous cherchez à mesurer des phénomènes forts impliquant pour un individu tel que la discrimination, vous allez obtenir un résultat proche de vos attentes, ou de celles de l'expérimenteur. La première difficulté repose sur la qualité du choix du test qui sera proposé.
Le test d'attitude implicite, utilisé pour ce test permet de se protéger de ces biais cognitifs et donc de mesurer la force du stéréotype ou du préjugés chez un individu. Cela ne signifie pas que vous allez forcément devenir discriminant lorsque vous serez confronté à un choix mettant en jeu un profil à risque pour vous, mais seulement, il vous permet de savoir si vous êtes susceptible d'être influencé par ce stéréotype.
Amadieu, associe ce comportement à du déni, c'est-à-dire à un comportement qui refuse la réalité parce qu'elle est traumatisante. C'est là, une approche de la psychologie clinique. En psychologie sociale, on sait qu'une attitude seule ne suffit pas à provoquer un comportement. Par contre, en état de dissonance l'être humain cherche à trouver dans ce qui l'entoure des éléments qui vont lui permettre de retrouver son équilibre psychique. Aussi, dans le cas de la discrimination, on peut penser que le faible préjugé peut être renforcé par un situation trop impliquante, comme la nécessité d'intégrer une personne à un groupe, ce qui conduit un individu à aller dans un sens contraire à son préjugé.
Les résultats observés :
Voici ce que nous dit Amadieu sur les premiers résultats obtenus :
* 85% de ceux qui ont passé le test font l'association des hommes avec le travail et des femmes avec la famille. En outre, les femmes semblent faire cette association autant que les hommes * 60% ont des préjugés vis à vis de maghrébins et des séniors, alors que seuls 20% déclarent penser en avoir. Cela prouve l'intérêt d'un tel test. Il est très difficile de s'avouer ses propres préjugés. * vis à vis des noirs, les résultats sont plus équilibrés. Si 20% de ceux qui ont passé le test sont neutres, 40% préfèrent les blancs et 40% les noirs. Toutefois, malgré le volume de passations, notre échantillon n'est pas représentatif. Ce sont prioritairement ceux qui sont intéressés par la connaissance des discriminations qui participent à nos enquêtes. Vraisemblablement, il reste malgré tout possible de conclure que les préjugés dont sont victimes les noirs sont moins violents que ceux dont souffrent séniors et maghrébins, ou en tous les cas de nature différente. Que l'on ne s'y trompent surtout pas, je ne hiérarchise aucune souffrance, et là encore je m'excuse si mes propos heurtent.
Discussion
L'association "homme-travail" et "femme-foyer" est une association qui est fortement marquée par une culture sociétale où toute l'éducation se base sur les petits garçons et les métiers (pompiers, garagiste, voiture, etc), et les petites filles (dinette, ménage, poupon, etc). Par cette éducation très ciblée, on ne peut éviter la création de stéréotype comme celui-là. Aussi, demander à des hommes ou des femmes de penser différemment, n'est pas chose évidente. Cela dit, avec l'évolution et l'ouverture des jouets vers une certaine mixité on devrait pouvoir trouver un stéréotype moins fort. Les préjugés raciaux sont marqués par le fait des groupes identitaires que nous nous imposons. Le test était basé sur les prénoms pour les magrébins et sur des photos pour l'opposition blanc/noir. Chaque pays ayant sa propre langue et culture nationale, il va de soi, que des noms de consonances peu familières vont provoquer des temps de réaction plus long. Cela veut il dire que l'on a des préjugés sur un individu pouvant être discriminant ? Non, ce test tel qu'il a été établi nous indique que nous avons plus de difficultés à reconnaître des noms inconnus. En tout cas, c'est mon hypothèse. On pourrait faire le même test avec des noms de pays scandinave par exemple et on obtiendrait des résultats similaires. Les préjugés sur l'âge montrent que nous distinguons les visages jeunes des visages vieux (avec des rides). Cela veut-il dire que nous discriminons l'un par rapport à l'autre ? non, seulement, que lorsqu'une personne à des cheveux gris ou a des rides on l'associe à un vieux.
Conclusion :
Ces résultats sont très intéressants dans le sens où c'est la première étude à l'échelle "grand public" qui a été menée. On peut reprocher que dans le suivi réel des participants, rien ne garantit qu'un même participant n'a pas réalisé plusieurs fois les tests. Ce qui du point de vue scientifique n'est pas fiable. C'est le point faible d'une approche internet sans protection dans le passage du test. Amadieu associe ces résultat au concept de psychologie clinique du "déni", c'est-à-dire qu'un individu refuse simplement la réalité parce qu'elle est traumatisante. Je ne crois pas que l'on soit traumatisé par un nom différent du notre, ou parce qu'on a une couleur de peau différente. Je crois que là, le traumatisme vient de l'histoire de vie de chacun : mauvaises rencontres ou rumeurs, la diffusion médiatique qui font que certains groupes sont souvent mis en avant pour des faits contraire à nos lois. Le "délit de sales gueules" est un préjugés fort qui dépasse la couleur et les origines, mais qui ne les oublie pas non plus. Pour ce qui est du traumatisme liée à la vieillesse, cela est lié à ce que l'on voit de nos propres grands parents. La durée de vie s'allonge, nos préjugés mettrons plus de temps à changer même si nous voyons nos séniors en bien meilleure santé aujourd'hui à 60 ans qu'il y a 30 ans où peu d'entre eux étaient encore en vie.






Commentaires
Bonjour Patricia,
Merci pour ton analyse exhaustive... J'avais fait le test grâce à l'info sur ton blog d'ailleurs... Le site d'Amadieu proposait de nous adresser les résultats personnalisés par mail mais je n'ai jamais rien reçu, saurais-tu me dire ce qu'il en est ?
Encore merci...
Je l'ai fait aussi et je n'ai reçu aucune réponse, comme toi. Je suppose qu'il ne s'attendait pas à avoir autant de monde. Conséquence, il n'a pu maintenir son engagement. Et s'il le fait ce serait 4800 réponses environ qu'il devrait envoyer. C'est beaucoup.
... justement dans ces cas là ils auraient pu prévoir un traitement automatisé des données... Cela prouve de fait que 4 800 personnes ont été prêtes à se remettre en cause... Cependant, comme tu dis le test peut-être faussé par le fait que ce sont des personnes déjà sensibilisées au sujet qui effectuent le test et il est dommage en effet que nous ne sachions pas où nous situer car c'est aussi de manière individuelle que l'on peut avancer... Il y a en tout cas bcq de travail à faire en la matière...
J'ai fait un rappel sur mon blog :
http://slauro.blog.pacajob.com/inde...
Encore merci pour cette analyse...
Rien ne nous dit que ces personnes ont voulu se remettre en cause, elles ont peut être simplement voulu découvrir le test et voir ce qu'elles pouvaient obtenir comme résultat.
Le test n'est pas faussé parce que ce sont des personnes sensibilisés par le phénomène, mais parce qu'une même personne peut avoir réalisé plusieurs fois le test sans que rien ne prouve la passation unique. Or un test pour être fiable ne doit être passé qu'une seule fois par le participant, sauf dans les études longitudinales ou si l'étude nécessite la double passation à des moments distincts.
Quant à la réponse automatique, ce sont des scientifiques, ils sont dans leurs études et ne pensent pas à ce genre de détail. L'informaticien qui les a aidé à diffuser ce test en ligne à négliger ce détail. Le chercheur lui a assez à faire avec son étude.
Et pour ton billet, je l'ai lu hier soir, tu as bien fait de le mentionner ici .