La valeur des "grandes écoles"
Par Patricia GOYENETCHE le dimanche 23 décembre 2007, 11:39 - emploi - Lien permanent

Parmi les nombreuses discriminations (trop encore), il y en a une qui garde une place de prédilection chez bon nombre de recruteur : l'origine du diplôme. Nous avons eu l'occasion d'assister à de la discrimination positive à Science Po avec une proposition de stage dans les banlieues afin de sensibilisé les jeunes des milieux favorisés à la vie dans les banlieues. De même, les étudiants de HEC ou de l'ESSEC sont bien mieux employés que les autres étudiants issues des universités. Les motifs sont liés à la réputation de ses écoles. Mais qu'en est-il vraiment ? J'ai découvert un élément de réponse dans le nouvel Observateur.

Début novembre 2007, le nouvel observateur publiait un article "Enseignement supérieur, la guerre des palmarès",
Vexés par le "clasement de Shangai", où aucune grande école française ne figure dans les 100 premières mondiales, l"Ecole des Mines a établi sa propre liste. Résultats : cinq établissement français en tête. Trop beau pour être sérieux. Patrick Fauconnier
Il y a de quoi ce poser des questions sur la valeur de ces diplômes. Les évalue-t-on par rapport à leur contenu ou simplement par rapport à leur réputation.
Leur contenu
Aucun classement ne mentionne la qualité de la formation de chaque école. La qualité repose sur les innovations issues de ces écoles et réalisées par les professeurs et chercheurs de ces écoles. Cela veut-il dire que parce qu'on possède un chercheur de renommée dans son école, il sera aussi un excellent pédagogue ? Saura-t-il enseigné aussi bien que la brillance de ces travaux ? En fait, il s'agit de transmettre à autrui ce que l'on pense et comment on arrive à ce raisonnement. Les étudiants sont en droit de voir ce qui se passe ailleurs, mais ils ne doivent pas mentionner un raisonnement trop différent du professeur sans quoi, ils risquent d'être moins bien jugés. Au final, les étudiants reçoivent une formation adaptée au courant de pensée de l'école. Sont-ils alors meilleurs que les autres écoles qui ont opté pour un courant différent ? Rien ne peut le prouver si ce n'est que c'est un des sports favoris de nos professeurs et chercheurs et surtout que c'est un principe obligatoire de la recherche scientifique.
Alors pouvons-nous dire que telle école est meilleure que telle autre ? à mon avis, rien dans le contenu ne prouve la supériorité d'un enseignement par rapport à un autre. Donc sélectionner un candidat sur l'origine de son diplôme est un acte discriminatoire dans le sens où seules les écoles réputées décrochent les plus belles parts des meilleurs postes de travail.
Leur réputation
Le classement s'appuie plus souvent sur la réputation de ces écoles. Cette réputation est liée principalement au nombre d'emploi qui en résulte à l'issue. Pour comprendre ce classement, il faut regarder qui vient étudier dans ces écoles dites de "prestiges". Le coût élevé de la formation dispense bien nombre d'étudiant de valeur identique de la poursuite de leur étude dans ces écoles. La classe dominante est issue du milieu "aisé" et donc possède un réseau sociale de "dirigeant". Il est donc inconcevable de placer un de ces étudiants en dessous du poste tant convoité. Ce que l'on ne rechigne pas à faire pour les étudiants d'université qui ont un niveau de connaissances similaires mais dont le coût des études est bien moins élevé et donc accessible à un plus grand nombre de personne. La sélection dans ce cas est principalement liée aux compétences en matière d'apprentissage de l'étudiant.
Conclusion
La sélection sur l'origine du diplôme est encore une pratique courante. La réputation d'une école va jouer pour ou contre un candidat à l'emploi. La valeur du diplôme appartient à la "sanction" de fin d'étude, dont seuls les professeurs sont en mesure d'évaluer la réelle valeur des connaissances acquises. J'ai pu voir dans certains forum l'arrogance de jeunes diplômés sur leur compétence, écrasant sans regret l'expérience professionnelle. Le diplôme ne veut pas dire que l'on connait tout sur un domaine, et la vie à vite fait de nous faire comprendre que le diplôme ne dure qu'un temps. Très vite, les valeurs de l'entreprise prennent le dessus, et nombre de ces jeunes diplômés écartent leur formation pour tirer le meilleur profit de leur position dans la société et surtout faire en sorte d'être bien vu de ces supérieurs. Sont-ils meilleurs ? ou pires ? Est-ce une question d'individu ? ou du groupe que constitue la société ? Ces questions sont à la base, je crois, de la sélection des candidats.






Commentaires
Des idées parmi d'autres, de la part d'une diplômée de Science Po de province. Sans doute un peu hors sujet, car le cas est différent des écoles de commerce...mais comme j'ai également lu un des tes articles qui parlait de science po....
Si je pars de mon cas particulier, j'ai constaté:
- que dans un IEP de Province (en particulier lorsqu'il n'a pas un bon classement), les cours, dans leur globalité, sont certainement d'un niveau inférieur. Les meilleurs cours que j'ai eu dans cet IEP (par meilleurs, j'entend d'un niveau intellectuel supérieur, c'est-à-dire des cours qui vous apprennent à réfléchir plutôt qu'à recracher des idées toutes faites...même si un prof a toujours ses opinions), m'ont été donné par des professeurs qui venaient de Paris, et qui, malheureusement pour nous, venaient une fois par semaine, voir toutes les deux semaines, pour nous assommer avec 6heures de cours!!
- j'ai également eu certains professeurs "locaux" de très bon niveau, même s'ils n'étaient pas des chercheurs connus, mais si je dois faire le point, les cours qui m'ont le plus marqué venaient de "parisiens"
- l'IEP de Paris (en tous cas quand je préparai les concours), étaient d'accès bien plus difficile que ceux de province. Par conséquent,le niveau des élèves sélectionnés a priori ne peut être que supérieur. Il est bien entendu que je ne pense pas que les élèves parisiens soient tous d'une intelligence supérieure..seulement qu'ils répondent à des questions qui demandent un certain type d'intelligence (mais il faut bien faire une sélection..la réflexion est peut etre à faire sur le type d'épreuves que l'on choisi pour effectuer une sélection)
-enfin, il n'est certes pas sûr qu'un homme politique donne des cours plus intéressant qu'un simple enseignant chercheur de province, mais ce qui est sûr, c'est que les contact de l'IEP de PAris avec les hautes sphères de la société, permet à ses élèves, d'abord d'avoir des stages de haut niveau, et donc, d'accéder à des emplois supérieurs..
Ainsi, en ce qui concerne les IEP en tous cas, les choses vont bien au delà de la simple "réputation".
-autre réflexion: si l'on regarde les statistiques de l'APEC, les grosses entreprises qui rédigent leurs offres d'emploi en demandant un "diplômé d'une grande école de commerce", finissent souvent par embaucher un diplômé d'une "petite école", voir de l'université..La formulation de l'offre est juste une question de "standing"
-enfin, les classements s'effectuent aussi parfois en fonction du nombre de diplômé qui sont embauchés dans des grosses boîtes...donc effectivement, il y a un effet "boule de neige"
Merci Min20 pour ce commentaire très intéressant.
Je comprends bien qu'un diplômé de Science Po est "intellectuellement supérieur" aux autres.
Les écoles forment leurs étudiants à leur image, c'est-à-dire à leur "standing". Je suis aussi convaincue par le fait que faute d'avoir les meilleurs on se replis sur le "reste".
C'est bien ce système de valeur que je dénonce. Qui peut dire exactement et sur quel critère qu'une personne issu de Science Po est intellectuellement supérieur à un chercheur en physique nucléaire par exemple ? En fait, rien, si ce n'est que les méthodes de raisonnement seront identiques. Il en est de même pour pour la secrétaire de direction qui pour réussir sa tâche va utiliser les mêmes méthodes.
Difficile alors de dire que les grandes écoles sont "intellectuellement supérieures". Par contre, on peut dire qu'elles sont spécialisés dans les problèmes géostratégiques et économiques tant du point de vue national qu'internationale. Ce qui est attendu c'est que ces étudiants soient en mesure de prévoir et d'anticiper des questions plus générales.
Le chercheur est lui formé pour découvrir et décrire des phénomènes afin d'améliorer nos conditions de vie. Il possède alors tout un ensemble de connaissances nécessaire à son activité.
La secrétaire de direction possède tout un arsenal de techniques qui lui permettent de répondre rapidement à toutes les intentions formulées ou pas de son patron.
Le diplôme est donc avant tout un moyen de sanctionner un nombre de connaissances acquises et qui est réellement nécessaire à l'exercice d'un métier. En aucun cas, le diplôme n'est en mesure d'indiquer un niveau intellectuel qui prend en compte les capacités de raisonnement.