La reconversion selon Fadhila Brahimi
Par Patricia GOYENETCHE le jeudi 3 juillet 2008, 12:15 - divers - Lien permanent
Changer de carrière est une réalité de la vie d'un militaire. Tôt ou tard, il devra quitter l'institution pour proposer ses services à une entreprise. Il existe donc, au sein de l'institution, un service spécialisé dans l'accompagnement des militaires pour leur reconversion. Les 7 conseils pour changer de carrière présentés par Fadhila Brahimi, sont pour moi une occasion de découvrir une méthode proposée en milieu civil. En tant qu'ancienne accompagnatrice-reconversion (ou officier conseil), j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises de conseiller moi-aussi les militaires dans cet esprit.
Nos conseils sont complémentaires. Je vous en dévoile ici la comparaison que j'ai réalisée et mon analyse par rapport à mon expérience.
Les 7 conseils de Fadhila Brahimi
Vous trouverez ici la vidéo et sa retranscription intégrale, ce qui permet aux personnes qui n'ont pas le son (ou les sourds), de pouvoir accéder à la richesse de ses conseils. Je ne reprendrais pas ce texte, seulement les conseils afin de situer la comparaison.
- Réfléchir : ce que changer de métier implique
- Désirer : définir vos motivations telles que changement de structure, de secteur, de zone géographique, etc.
- Se (re)connecter avec le rêve : "s'affranchir des préconçus, des préjugés, des contraintes pour interroger son rêve d'enfant.
- Qualifier et quantifier ses ressources : bilan de compétence
- Analyser scrupuleusement son environnement : soutien possible, moyen de financement, attentes des entreprises, etc.
- Définir son plan de route : ce qu'il me faudra faire à court, moyen et long terme pour réaliser mon métier/
- Construire vos outils de valorisation : créer et référencer ses outils de communication papier et virtuel.
Les conseils que nous donnons à nos ressortissants
- Définition de la situation : le militaire quitte l'armée pour raison statutaire (non renouvellement de contrat, limite d'âge) ou c'est un choix de départ volontaire. Le temps avant la radiation des contrôles, situation familiale, situation professionnelle, motivation du candidat. Cette étape permet de comprendre les pressions diverses que vont exercer ces facteurs sur nos choix.
- Evaluation de ses compétences : avant d'entreprendre une once de rêve nous proposons à nos ressortissants de faire le point sur leurs compétences et aussi découvrir les différents métiers qui s'offrent à eux en suivant une Session Bilan Orientation (SBO). Bien souvent, nous réduisons nos choix sur des métiers connus et très fréquentés tandis que d'autres métiers qui recrutent ne sont pas sollicités bien souvent pas méconnaissance.
- Petite synthèse et premier croquis du projet professionnel : le militaire a découvert un ou des métiers susceptibles de l'intéresser. Il est temps d'approfondir sur le métier, le cursus, les qualités requises, les conditions d'exercice, etc. Pour ce faire, une recherche documentaire sur le métier à partir du ROME (catalogue des métiers publiés par l'ANPE) constituera la base de réflexion. Si un besoin de formation est nécessaire, on évalue le niveau d'intégration, la durée et les organismes susceptibles de proposer la formation. Il est important que le projet soit réaliste et réalisable pour avoir la moindre chance de réussite. Evitez les coups de tête ou les coups de coeur, ils leurrent votre objectivité qui dans cette situation est la garante de votre réussite future.
- Enquête sur le terrain : rien ne vaut l'expérience des acteurs eux-mêmes. Nous avons une théorie sur le métier, la rencontre avec des professionnels permet de connaître des facettes particulière du métier. A ce stade, rien n'est encore décidé. Une nouvelle orientation peut être envisagée.
- Découvertes des aides à la reconversion : l'esquisse du projet professionnel commence à ressembler à quelque chose. Petit tour d'horizon des outils d'aide à la reconversion : des formations (sous condition), des sessions de technique de recherche d'emploi (STRE), des sessions d'accompagnement à l'entreprise (SAE), des périodes individuelles pour la création d'entreprise (PIC) et les plans d'accompagnement en entreprise (PAE).
- Plan d'action : Tous les ingrédients sont réunis, il faut à présent les organiser en tenant compte des impératifs administratifs (date de radiation des contrôles par exemple), des enjeux familiaux (mutation à prévoir, déménagement éventuel, etc), des modalités de suivi des formations le cas échéant, et les différentes étapes propres à la recherche d'un emploi.
- deuil de son passé au sein des Armées : la phase la plus difficile de la reconversion consiste à faire ce fameux pas vers la nouvelle carrière. Le concept de "deuil" vient du fait que l'on va séparer son passé de sa nouvelle carrière. Pour permettre à l'individu de mieux réussir son adaptation dans l'entreprise, on l'invite à considérer ce temps au sein de l'institution comme révolus.
Ce que je retiens des conseils de Fadhila Brahimi c'est l'approche type "business plan" d'un parcours de reconversion et la nécessité pour le candidat de "vendre" son nouveau profil. La mise en valeur n'est pas pratiquée et au regard de la situation actuelle, cela semble un bon conseil, même si cela n'entre pas dans les habitudes d'un militaire. En revanche, il n'est pas fait mention de cette étape cruciale du "deuil" qui est à la source de toute réussite du changement. Des faits irrémédiables favorisent la conduite du changement. Nous complétons aussi cette transformation en sensibilisant le militaire sur la tenue vestimentaire (le treillis n'est pas du goût du recruteur, et l'"uniforme" ne montre pas la volonté d'intégration).
nota : vous pouvez aussi voir la vidéo sur le blog de notre modérateur






Commentaires
Ahhhhh!
Sacré deuil!! Pour ma part je quitte l'armée par ma propre volonté, on pourrait donc penser que c'est plus simple. Et bien non pas vraiment car il a fallu faire un choix, et ce choix il faut l'assumer...Je m'éloigne de plus en plus de ce qui pour moi était un repère, une grande communauté qui malgré ses inconvénients rassure.
Non rien de rien non je ne regrette rien, si si c'est vrai, en revanche j'ai un gros pincement au coeur quand j'y pense.
Snif...
Et oui Céline, même pour moi c'était difficile et c'est toujours le cas lorsque j'entends ce que l'on dit sur les militaires. On oublie pas ce qu'on a vécu, mais il faut regarder devant soi. Et l'Armée devient le passée. Faire le deuil ne signifie pas oublier, mais accepter que nous exercerons plus ce métier.
T'inquiète pas, ton projet va aboutir et tu réussiras ta reconversion. Tu t'y prends très bien.
@Merci pour le lien. Je vois que vos étapes sont tout à fait identiques en dehors du changement de nom. Le travail de deuil est effectivement essentiel mais il n'apparait pas ici dans la vidéo qui présente le "comment faire" et non le "comment vouloir ou trouver la force d'oser" qui est un processus en lui même donc en continue sur le processus de changement de la courbe du deni à la courbe du dauphin (acceptation puis changement). Autrement dit le travail du deuil n'est pas à mon sens une étape mais un travail en transversal du changement pour qu'il soit effectif, transformationnel et durable.
J'espère avoir apporté les éléments de réponse à vos questions.
Quant à la différence que vous effectuez entre le militaire et le civil je serai enchanté de connaître votre éclairage. Etant moi de formation militaire et ayant travaillé plus 10 auprès d'anciens militaires, je n'ai pas remarqué de différence dans le processus de changement. En revanche, je le vois dans le travail en amont (bilan personnel et professionnel / relation au travail, à la hiérarchie, à la prise de décision...).
@fadhila Brahimi : je ne fais jamais de lien si je ne juge pas l'article pertinent et constructif. Nos processus sont identiques et pour cause, nous abordons, toutes deux, une transformation d'une représentation sociale (traduction psychosociologique de votre processus décrit par une approche psychologie clinique).
Je ne place pas vraiment le deuil dans la partie "force d'oser", mais bien dans le "comment faire". Les motifs de départ des militaires sont suffisamment forts pour favoriser cet effort. (mon étude sur les motifs de départ des militaires 2005 est significative sur ce point, et le commentaire de Céline entre dans les résultats que j'ai obtenu).
Les freins ne sont pas sur l'idée même du changement de métier. Un militaire est polyvalent et tout au long de sa carrière il occupe des postes qui peuvent très bien être hors spécialité. Mais, nous avons une discipline professionnelle et le souci de la transmission des consignes qui nous permettent en toutes situations d'occuper un poste de travail. Combien d'entreprise propose ce même principe ?
D'autre part, le sentiment de sécurité et de soutien qui permet à chacun d'exercer une mission l'esprit tranquille n'est pas non plus "monnaie courante". Existe-t-il une cellule d'aide au famille lorsque le salarié travaille provisoirement à l'étranger dans un pays à risque ?
Le changement porte aussi sur la fierté de notre statut. On est militaire, hommes et femmes sans distinction. On est tous habillé chez le même tailleur. Nous voyons cette différence avec les personnels civils de la défense dont la tenue joue un rôle important dans les regards. Nous nous distinguons uniquement par notre grade, et c'est valable quelque soit le niveau hiérarchique. Nos soldes (salaires) sont calculées pour tous sur le même barême, il n'y a pas de différences entre le salaire des hommes et des femmes.
Ce ne sont que quelques exemples de ce qui provoque un malaise pour le militaire qui quitte l'institution. Ce changement là est très important, parce que dans le civil il n'y a pas cette parité.